Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le cas Aimée

Dans son livre : "De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité", Jacques Lacan recherche les traits de caractère spécifiques des personnes souffrant de psychose paranoïaque.
Les psychoses sont des pathologies dont le sujet n'a pas conscience et dont il ne souffre pas, au contraire des névroses (maladies nerveuses).


Dans les années 1930, une jeune femme : Aimée, a poignardé une actrice en disant que celle-ci voulait lui voler son fils. L'actrice a parer le coup en saisissant la lame à pleine main, se sectionnant deux tendons. Aimée a ensuite été amenée dans le service où travaillait Lacan.(voir p153)  Voici la description qu'il en fait :  


P158  Histoire et thème du délire.
"Le délire qu'à présenté la malade Aimée présente la gamme, presque au complet, des thèmes paranoïaques. Thèmes de persécution et thèmes de grandeur s'y combinent étroitement. Les premiers s'expriment en idées de jalousie, de préjudice, en interprétations délirantes typiques. [...] Quant aux thèmes de grandeur, ils se traduisent en rêve d'évasion vers une vie meilleure, en intuitions vagues d'avoir à remplir une grande mission sociale, en idéalisme réformateur, enfin en une érotomanie systématisé sur un personnage royal."

P164  A propos de sa victime :
"Elle est le type de la femme célèbre, adulée du  public, vivant dans le luxe. Et si la malade fait dans ses écrits le procès vigoureux de telles vies, des artifices et de la corruption qu'elle leur impute, il faut souligner l'ambivalence de son attitude, car elle aussi voudrait être une romancière, mener une grande vie, avoir une influence sur le monde."

P166
"Tous ces personnages, en effet, artistes, poètes, journalistes, sont haïs collectivement comme grands fauteurs des malheurs de la société."c'est une engeance, une race"; "Ils n'hésitent pas à provoquer par leurs hâbleries le meurtre, la guerre, la corruption des moeurs, pour se procurer un peu de gloire et de plaisir." "Ils vivent , écrit notre malade, de l'exploitation de la misère qu'ils déchaînent."


Pour elle, elle se savait appelée à réprimer cet état de chose. Cette conviction reposait sur des aspirations vagues et diffuses d'un idéalisme altruiste. Elle voulait réaliser le règne du Bien, "la fraternité entre les peuples et les races."
Elle s'exprime sur ces sujet avec une répugnance extrême, et ce n'est qu'un an après son entrée dans le service, qu'un jour elle s'est confiée à nous, sous la condition que nous lui éviterions durant son aveu notre regard. Elle nous révèle alors ses rêveries que rendent touchantes, non pas seulement leur puérilité, mais nous ne savons quelle candeur enthousiaste : "Ce devait être le règne des enfants et des femmes. Ils devaient être vêtus de blanc. C'était la disparition du règne de la méchanceté sur la terre. Il ne devait plus y avoir de guerre. Tous les peuples devaient être unis. Ce devait être beau ect."
Elle manifeste dans de nombreux écrits intimes les sentiments d'amour et d'angoisse que lui inspirent les enfants, sentiments qui sont dans un rapport évident avec ses préoccupations et ses craintes sur son propre enfant. On sent chez elle une participation très émue aux sentiments de l'enfance, à ses tourments, à ses peines physiques. Elle invective alors la cruauté des grandes personnes, l'insouciance des mères frivoles.
Elle s'alarme, nous l'avons dit, du sort futur des peuples. Les idées de la guerre, du bolchevisme la hantent, et se mêlent à ses responsabilités à l'égard de son fils. Les gouvernements oublient les dangers de la guerre; sous doute suffira-t-il qu'on le leur rappelle; elle s'y croit destinée. Mais les peuples sont livrés à de mauvais bergers. Elle recourra alors à des autorités bienfaisantes, au prétendant de France, au prince de Galles, à qui elle demandera d'aller faire un grand discours à Genève.
L'importance de son rôle en tout ceci est immense, à mesure même de son imprécision. Ses rêves ne sont pas au reste purement altruistes. Une carrière de "femme de lettre et de science" lui est réservé. Les voies les plus diverses lui sont ouvertes : romancière déjà, elle compte aussi "se spécialiser dans la chimie". Nous précisons plus loin l'effort, désordonné mais réel, qu'elle fait alors pour acquérir les connaissances qui lui manquent.
Cependant elle sait "qu'elle doit être quelque chose dans le gouvernement", exercer une influence, guider les réformes .Cela est indépendant de ses autres espoirs de parvenir : cela doit se produire par la vertu de son influence, de quelque prédication." cela devait être quelque chose comme Krishnamurti", nous dit-elle en rougissant."

P177
Après avoir parlé de sa soeur, elle ajoute :"Elle sait que je suis très indépendante, je m'était voué à un idéal, une sorte d'apostolat, l'amour du genre humain auquel je subordonnais tout. Je l'ai poursuivi avec une persévérance toujours renouvelée, j'allais jusqu'à me détacher ou mépriser les liens terrestres et je portais toute l'acuité de ma souffrance aux méfaits qui désolent la terre.."

P269
"Ces mêmes sujets, qui démontrent des impuissance d'apparence diverses, mais de résultat constant, dans les relations affectives avec leur prochain le plus immédiat, révèlent dans les rapports plus lointains avec la communauté sociale des vertus d'une incontestable efficacité. Désintéressés, altruistes, moins attachés aux hommes qu'à l'humanité, volontiers utopistes, ces traits chez eux n'expriment pas seulement des tendances affectives, mais des activités efficaces : serviteurs zélés de l'Etat, instituteurs ou infirmières convaincus de leur rôle, employés ou ouvriers excellents, travailleurs acharnés, ils s'accommodent mieux encore de toutes les activités enthousiastes, et généralement toutes les communautés qu'elles soient de nature morale, politique ou sociale, qui se fondent sur un lien supra-individuel."

Les commentaires sont fermés.